Le FNE, Fonds National de l'Éducation, a été fondé en 2017 principalement pour la gestion de fonds de l'État pour l'éducation en Haïti. Cet organisme agit également dans la construction d'infrastructures, la rénovation des bâtiments scolaires, l'appui aux programmes de cantines scolaires, le paiement des frais de scolarité, le paiement des frais pour les enseignants, la dotation d'équipements scolaires, le financement de projets éducatifs, l'appui aux études supérieures... C'est en ce sens qu'un boursier du FNE nous partage son expérience dans une interview.
L'interview
1) Pouvez-vous vous présenter ? (Nom, domaine d'études, université, année d'obtention de la bourse)
Je suis Bruno*, étudiant en 5e année de génie civil à l'Université GOC. J'ai obtenu ma bourse d'études en 2021.
2) Comment avez-vous découvert l'existence de cette bourse ?
Depuis la classe de Seconde au lycée, j'ai commencé à faire des recherches sur les opportunités de bourses d'études. Même si j'en ai trouvé plusieurs, le manque de ressources m'a souvent empêché d'aller jusqu'au bout. Un jour, en surfant sur Internet, cette bourse est apparue dans mes actualités, car mes recherches tournaient souvent autour de ce genre d'opportunités. C'est ainsi que je l'ai découverte.
3) Quels étaient les critères de candidature et d'admission ?
Les critères étaient relativement simples, comparés à d'autres programmes. Il fallait notamment soumettre son diplôme, un relevé de notes, des photos d'identité au format passeport, puis passer un concours. Les lauréats du concours étaient ensuite sélectionnés.
4) Quelles ont été les principales difficultés lors de la demande de bourse ?
Honnêtement, il n'y a pas eu de difficultés majeures. C'était une bourse qui venait à nous : il suffisait de s'inscrire et de participer au concours. Je n'ai pas entendu une seule personne se plaindre du processus. Cependant, nous avions tous une certaine appréhension, car les institutions publiques en Haïti sont souvent instables.
5) En quoi cette bourse a-t-elle changé votre parcours universitaire ?
Elle a redéfini mon parcours. Avant de l'obtenir, j'étais inscrit en agronomie à l'Université Nouvelle Grand'Anse (UNOGA), mais je n'y suis resté qu'un mois. Mon rêve a toujours été d'intégrer la Faculté des Sciences (FDS) pour étudier le génie civil, ou encore l'INAGHEI pour l'administration publique, voire la FASCH pour la sociologie ou la communication sociale. Finalement, j'ai intégré l'Université GOC, qui jouit d'une certaine notoriété, et c'était une opportunité à saisir.
6) Avez-vous bénéficié d'autres formes d'accompagnement grâce à cette bourse ?
Malheureusement, non. Nous n'avons reçu aucun accompagnement complémentaire. Au contraire, l'administration de l'université nous a souvent menacés de devoir payer une partie de la somme que l'État leur devait, car les paiements arrivaient toujours en retard. Cela créait un climat d'anxiété constant, ce qui est loin d'être idéal pour étudier. Il est inacceptable qu'un étudiant évolue sous la pression de possibles expulsions après plusieurs années d'études.
7) Avez-vous modifié vos projets d'avenir en fonction de la bourse ?
Oui, radicalement. J'avais prévu de terminer mes études cette année et de postuler à des bourses de maîtrise, tout en essayant d'intégrer une des facultés que j'ai toujours rêvé de fréquenter. J'ai été admis en 5e année, mais je ne peux pas la poursuivre faute de moyens financiers. La bourse couvrait seulement 4 ans, alors qu'elle concernait aussi des filières à durée de 5 ans. On nous avait promis que cette situation serait régularisée, mais malgré toutes nos démarches, y compris des interventions médiatiques, rien n'a été fait. À cela s'ajoute le problème d'insécurité qui m'a en quelque sorte laissé sans abri.
8) Quel souvenir marquant gardez-vous de cette expérience ?
Je dois reconnaître que sans cette bourse, je ne serais peut-être pas arrivé jusque-là, malgré les difficultés que je traverse aujourd'hui. Pour cela, je leur suis reconnaissant.
9) Que conseilleriez-vous à un étudiant qui cherche une bourse aujourd'hui en Haïti ?
Je l'encouragerais vivement à chercher des bourses, surtout dans le contexte actuel. Je lui conseillerais d'activer son réseau, de demander à ses amis de le tenir informé des offres, d'utiliser Internet de manière stratégique et de faire continuellement des recherches. L'information est la clé.
10) Pensez-vous que les bourses sont suffisamment accessibles aux étudiants haïtiens ?
Pas du tout. Le système haïtien est gangrené par le favoritisme et le népotisme. Seules les personnes bien placées ont souvent accès aux informations les plus intéressantes.
*Nom d'emprunt pour préserver l'anonymat.